L’éditorial de Marc FEMSOHN
Aujourd’hui, bien que nous soyons le seul Etat au monde menacé de destruction par d’autres pays, le combat pour la survie d’Israël n’est plus seulement sécuritaire, il est aussi économique.
Oui, le sionisme signifie bien évidemment le retour à Sion, mais il implique également le bien-être et l’essor du peuple juif sur sa Terre retrouvée.
Oui, la vie n’est pas toujours facile en Israël, mais pourquoi les Israéliens, prêts à se sacrifier au combat pour l’existence de leur patrie, ne consentiraient-il pas à des efforts pour sa survie économique ?
Depuis 65 ans, Israël a connu des périodes bien pires que celle que nous allons devoir affronter pendant les deux années à venir.
Il va falloir nous serrer la ceinture, mais tout est relatif, nous connaissons néanmoins, à la différence de la France par exemple, le plein emploi.
La charge principale sera une fois de plus supportée par les classes moyennes, en dépit de ce que promettait Yaïr Lapid pendant la campagne. Mais, soyons sérieux, tout le monde savait, sauf ceux qui sont de mauvaise foi et les naïfs, que le gouvernement précédent avait préparé la vague de coupes budgétaires qu’a présentée le nouvel argentier du pays. Quel que soit le ministre des Finances, ces mesures devaient être prises pour préserver le pays des difficultés que connaissent de nombreux Etats comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie et même la France.
Prendre Lapid comme seul bouc émissaire serait céder à la tentation populiste. Le gouvernement dans son ensemble, de Netanyahou à Bennett, a approuvé les mesures proposées parce qu’elles sont indispensables au retour à l’équilibre budgétaire.
Voulons-nous retourner au début des années 80 avec 500% d’inflation ?
Les partis sectoriels crient au scandale après la réduction des allocations familiales. Pourquoi le public antisioniste exige-t-il toujours davantage que les autres des aides et des allocations de cet Etat qu’ils abhorrent, à l’égard duquel ils ne se sentent redevables d’aucun devoir, alors qu’ils sont férocement jaloux de leurs droits ?
Oui, la TVA va augmenter de 1% dès le 1er juin. Mais il n’y aura pas de TVA sur les fruits et légumes, comme prévu initialement.
L’armée aussi va ruer dans les brancards car son budget va être réduit. Et c’est tout à fait possible sans que cela nuise à la sécurité de l’Etat, en dépit de ce que le ministère de la Défense veut systématiquement nous faire croire.
Pourquoi ne couperait-on pas dans le budget de Tsahal, ou tout au moins, n’ayons pas peur de le dire, dans ses gabegies ?
Pourquoi mon fils, commandant d’une unité combattante réserviste, a-t-il droit à une voiture de location lors de ses périodes de réserve et peut-il même l’utiliser pour rentrer à la maison en permission ? Une jeep sur le terrain pour aller de position en position et un coupon de l’armée pour rentrer en transport public à la maison ne coûteraient-ils pas moins cher aux contribuables que nous sommes, serait-ce dégradant ou humiliant ?
Pourquoi Tsahal invite-t-il régulièrement ses officiers (souvent avec leurs conjoints) dans des hôtels de luxe à Eilat sous prétexte de réunions de motivation ?
Il ne me semble pas que les combattants des générations précédentes aient eu besoin de séjourner dans les palaces de l’époque pour être plus percutants et avoir le moral gonflé à bloc afin de remporter les victoires dont ils sont aujourd’hui auréolés…
Pourquoi Israël emploie-t-il, par exemple, plusieurs dizaines, pour ne pas dire centaines de fonctionnaires à son bureau d’achats militaires à Washington, avec ce que cela implique comme allocations de frais de cadre, de séjour aux familles, de frais d’éducation pour les enfants, d’officiers de sécurité, de voyages entre Israël et les Etats-Unis, tout cela pour une aide américaine d’un peu plus de 3 milliards de dollars ? A titre de comparaison, pour le même montant, l’Egypte de Moubarak avait un bureau d’achat à Washington composé de …3 personnes. Serions-nous moins capables que les Egyptiens, à l’époque d’Internet et de l’univers de l’hypercommunication dans lequel nous sommes pourtant à la pointe en Israël ?
La réduction du service militaire de 4 mois devrait également permettre une réduction substantielle du budget de la Défense sans que la sécurité de l’Etat ne soit mise en danger.
Contrairement à ce qu’on croyait, l’Israélien qui a manifesté pour la justice sociale durant l’été 2011 semble comprendre la nécessité de ces efforts, même s’il ronchonne.
Preuve en est la conférence de presse conjointe mercredi soir du ministre des Finances Lapid avec le secrétaire-général de la centrale syndicale Histradrout, Ofer Eïni qui a fait preuve de responsabilité, en dépit de la réduction prévue du traitement des fonctionnaires, en préférant le consensus à la grève qui coûterait 2 milliards de shekels par jour à l’économie israélienne et ne résoudrait rien.
En France, Moscovici n’oserait même pas fantasmer à une telle situation.
La lutte contre le déficit de l’Etat, qui s’élève à 42,3 milliards de shekels pour les 12 derniers mois, est l’affaire de tous, pouvoirs publics, travailleurs et patronat, c’est la seule manière de faire face à la crise économique mondiale, car nous ne vivons pas dans une bulle.
Le sionisme, c’est le sens de l’effort pour le bien commun, c’est notre responsabilité civique individuelle pour la pérennité du Peuple juif.
Lorsque je fis mon aliyah en 1980, dans le bureau de l’Agence juive à Paris, il y avait une affiche : « Israël, le pays où coulent le lait et le miel « .
Lorsque j’arrivais en Israël, tout fier de ma nouvelle carte d’identité israélienne, je me rendais à l’antenne du ministère de l’Intégration de ma ville. Une autre affiche attira mon regard : « Nous ne vous avons pas promis un jardin de roses »…
Nous avons mille raisons de grogner contre Israël tous les jours, mais nous en avons mille et une de l’aimer en dépit de toutes les difficultés.
Pour ce qui me concerne, mais aussi pour l’immense majorité des Israéliens, il demeure le pays où coulent le lait et le miel et il est même un jardin de roses, n’en déplaise au ministère de l’Intégration.
Israël reste notre paradis.
mfemsohn@guysen.com