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N°247
« Si un homme fait un vœu à Hachem, ou s’impose par un serment une interdiction à lui-même, il n’enfreindra pas sa parole ; tout ce qu’a proféré sa bouche, il doit l’accomplir »
La législation insiste sur l’importance de la parole qui engage et du vœu qui prend son pouvoir absolu dès qu’il est exprimé. L’expression « lo ya’hèl » traduite par « il n’enfreindra pas » peut être dérivée de « mo’hèl » qui veut dire pardonner ou annuler, aussi bien que de « mé’hallèl » qui veut dire profaner. C’est dans ce double sens qu’il est entendu : 1/ La première interprétation est que lui ne peut pas l’annuler, mais d’autres peuvent l’annuler. Lorsqu’un homme se voit dans l’impossibilité matérielle de réaliser un vœu, il doit en référer à un tribunal de trois Rabbanim qui seront seuls juges pour l’en délier. Le Kol Nidré de Kippour consiste entre autres, à annuler les vœux prononcés et non tenus, qui n’ont pas été annulés. 2/ La seconde interprétation de lo ya’hèl est citée par Rachi : « il ne profanera pas sa parole. »
Les chapitres du Choul’han Âroukh (Yoré Déâ) relatifs aux serments et aux vœux commencent par la règle : « ne t’habitue pas à prononcer des vœux. Prononcer un vœu ressemble à construire un autel à l’époque de l’interdiction des autels, et l’exécuter équivaut à offrir un sacrifice en dehors du Temple…De même, on évitera de prononcer un serment et on demandera à en être relevé en cas de nécessité…Si quelqu’un a l’intention de s’assigner quelqu’étude sacrée, ou d’accomplir
quelque prescription et qu’il craint d’être ensuite négligent, ou s’il craint que le mauvais penchant ne l’entraîne à faire quelque chose d’interdit, il lui sera permis de se stimuler par un vœu ou un serment. » Car nous sommes déjà tenus par le serment prononcé au Sinaï ainsi que l’écrit David (Téhilim 119/106) « j’ai fait le serment et je l’ai tenu, d’observer les règles de Ta justice » et la sentence du Talmud de Jérusalem (Nédarim 9.1) fait autorité : « doit te suffire ce que la Torah t’a défendu. »
Prenons pour exemple celui qui prie tous les matins vers huit heures, et qui, pour embellir la mitsva, s’engage à prier au lever du soleil. Disons tout de suite qu’il n’y a aucune obligation de faire sa téfila précisément au lever du soleil, mais la Torah cite à trois reprises, à propos de l’empressement matinal d’Avraham, l’expression : « et Avraham se leva de bon matin » Le lever matinal était caractéristique de la personnalité d’Avraham, toujours empressé d’accomplir la parole divine aussi tôt que possible et les Sages concluent au Traité Bérakhot qu’il donna le premier, l’exemple de « la prière du matin ». Mais la leçon de zèle se dégage particulièrement de l’épreuve du sacrifice d’Its’haq, où bien que logique et sentiment puissent se révolter contre ce commandement, l’enthousiasme du Patriarche le fit « se lever de bon matin » pour accomplir à la lettre l’ordre divin, et la guémara Pessa’him conclut « on apprend d’ici que les hommes zélés accomplissent la mitsva le plus tôt possible ».
Les exemples ne manquent pas, de circonstances qui peuvent amener l’être humain à travailler sur un penchant négatif ou à parfaire une mitsva. Je me souviens qu’après l’attentat perpétré dans la rue piétonne de Ben Yéhouda à Jérusalem, je rendis visite à un blessé d’origine francophone et je me mis tout naturellement à converser avec lui en français, mais il m’interrompit en me disant : j’ai décidé de ne m’exprimer qu’en hébreu, tu comprends, j’ai vécu un double miracle, la première déflagration m’a blessé mais je suis en vie, le souffle de la seconde m’a projeté à des mètres de l’endroit où on s’affairait à me donner les premiers secours, et je suis toujours en vie. En cet instant unique où j’ai pris conscience d’être un rescapé parmi tant de victimes, j’ai senti que j’atteignais un degré spirituel très élevé ; je sens que de m’appliquer à m’exprimer dans la langue sacrée, qui constitue l’un des patrimoines de notre Peuple, me permettra de fixer ce moment unique d’exaltation et d’imprimer le miracle dont j’ai été l’objet.
Dans un autre contexte, le chapitre 20 du Livre 1 de Chémouel relate l’engagement de Yonathan à l’égard de la Maison de David : « que si mon père se complaisait dans la pensée de te nuire, je te le révèlerai, je te ferai partir, et tu t’en iras en paix…Et Yonathan continua d’adjurer David au nom de son affection pour lui, car il l’aimait comme lui-même... Quant à la parole que nous avons échangée, toi et moi, l’Eternel en est, entre nous deux, l’immuable garant.» Yonathan savait que le roi Chaoul, son père, poursuivait David afin de le tuer, et il était partagé entre l’amour et le respect qu’il portait à son père et son affection pour David, qui était d’une qualité telle, que lorsqu’on veut définir la grandeur de l’attachement de deux âmes, on cite l’affection qui liait l’âme de David à celle de Yonathan. Pourtant il craignait qu’une faiblesse ne le porte à livrer son ami, c’est pourquoi il marqua son engagement par un serment.
Nos Sages nous enseignent que le bénéficiaire d’un miracle n’en a pas conscience. Nous devons donc être attentifs à saisir les occasions qui peuvent nous permettre de nous élever spirituellement. Le premier Livre des Rois nous rapporte la parole de D’ à Elie le prophète : « et Elichâ, fils de Chafat, tu l’oindras comme prophète pour te succéder…Il partit de ce lieu et rencontra Elichâ qui labourait...» Mais Elichâ, qui aurait voulu, avant de suivre Elie, prendre congé de ses parents, comprit que ce moment unique ne se représenterait pas ; il se mit en devoir de suivre Elie, et il devint son serviteur.
Les jours sont des parchemins, dit le ‘Hovot halévavot ; les grands moments de notre vie ne peuvent garder leur empreinte que s’il sont marqués par un signe, car nous avons tendance à oublier, ce qui est par ailleurs un ‘héssèd de la part du Créateur de nous avoir dotés de la faculté d’oublier, car comment aurions-nous pu survivre si notre mémoire conservait les moments douloureux ?
On peut se poser la question : pourquoi la Torah a-t-elle donné la possibilité à l’être humain de s’engager à plus que ce qu’il lui est demandé d’accomplir ? L’auteur du Séfat Emèt remarque qu’il est donné à tout juif de rendre sacré par sa parole l’objet du vœu. C’est une des attributions les plus élevées et c’est pour cela qu’elle figure vers la fin de la Torah, quand presque tous les commandements ont déjà apparu.
Rabbi ‘Hananya ben Âqachya disait : « le Saint, béni soit-Il, a voulu faire acquérir des mérites à Israël ; aussi a-t-Il promulgué la Torah et des mitsvot nombreuses. » C’est pourquoi nous devons considérer chaque mitsva comme un cadeau inappréciable. Etant donné que nous ne connaissons pas la portée de chaque mitsva accomplie, on ne peut imaginer le mérite que peut acquérir celui qui n’aura peut-être accompli qu’une seule mitsva dans sa vie !
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