בס"ד

BAMIDBAR / Parachat PIN’HAS

par Rav Arié LEVY 'Chalita'
Auteur du livre de commentaires
« LE CHANT DE LA VIE »

Maguid Chiôur au Collel francophone
DARKEI AHARON

N°246


L’Eternel parla à Moché en disant : « Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen, a détourné ma colère de dessus les enfants d’israël, en assouvissant ma vengeance au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël dans mon indignation. C’est pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de paix. Elle sera pour lui et sa postérité après lui une alliance de sacerdoce perpétuel ; parce qu’il a été zélé pour son D’ et qu’il a fait expiation sur les enfants d’Israël »

Nous avons vu qu’Israël campait dans la plaine de Moav, dernière station dans le désert avant la conquête de la Terre promise. Or Bileâm, dont la tentative de détruire Israël avait été vouée à l’échec, la pureté d’Israël et sa paix avec D’ formant une forteresse inviolable, choisit le moyen de jeter la discorde entre D’ et son peuple en faisant commettre à ses meilleurs fils des actes immoraux d’une gravité telle que D’ se détournerait d’eux. Ce sont les anciens de Midyane qui envoyèrent la fille de leur prince se prostituer à Israël.

Si nous comparons ce que fit Amaleq à ce que fit Midyane, nous verrons que si le premier mit en danger l’existence physique du peuple, le second mit en danger son âme. Dans le cas que nous présente la paracha, où pour la première fois dans l’histoire d’Israël, la conduite d’un homme s’oppose à la morale de la Torah, nous voyons que Moché est perplexe et hésitant devant la loi à appliquer en pareil cas. Le peuple ne pouvait qu’être perturbé en présence d’une part, des agissements d’un prince de Tribu sensé donner le ton en matière de morale, et d’autre part, des hésitations du chef du peuple.

Et voici que « Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen se leva du milieu de la communauté, arma sa main d’une lance, entra sur le pas de l’Israélite, dans la tente, et les perça tous deux, l’israélite et la femme, au bas-ventre »

Comment Pin’has, jusqu’ici inconnu de la Communauté, avait-il pu franchir l’entrée de la tente d’un prince de tribu sans être abattu légitimement par la garde (ce fut l’un des dix miracles qui se produisirent durant son intervention), braver l’opinion générale, et sans procès de justice ni approbation du dirigeant du peuple, prendre l’initiative d’un tel acte ?

Pin’has, dit la Guémara, « vit » l’incident et il se souvint de la règle que Moché lui avait enseignée lorsqu’il descendit du Sinaï, à savoir que les zélateurs doivent abattre celui qui s’accouple à une araméenne ; de plus, il vit le découragement du peuple face à l’accablement de Moché.

 LE LIVRE DES COMMENTAIRES DE LA PARACHA DU RAV ARIE LEVY 'LE CHANT DE LA VIE' EST EN VENTE SUR LE SITE GUYSEN Nos Sages nous enseignent « qu’il n’y a pas de plus grande joie que celle de dissiper les doutes » Le doute torture et nuit à la sérénité de l’homme, qui espère pourtant le voir se solutionner tel qu’il le désire, mais même dans le cas où le résultat ne lui donne pas tout à fait satisfaction, il est cependant soulagé du poids qui l’oppressait.

Pin’has, nous l’avons vu, était conscient de l’état de trouble dans lequel se trouvait le peuple ; il savait que sans action immédiate, l’atteinte à l’alliance sacrée conclue avec chaque juif, dont le symbole est la circoncision, entraînerait la chute morale dans tous les rangs du peuple, et qu’alors il deviendrait impossible d’y remédier. Connaissant la halakha transmise à Moché au Sinaï, il a mis son courage et son dévouement à D’ au-dessus de tout intérêt personnel, sachant fort bien qu’il mettait sa vie en jeu, et il a ainsi rétabli la paix entre Israël et son D’ dans un moment particulièrement critique.

L’intervention de Pin’has a révélé l’intérêt profond qu’il portait à l’unité et à la continuité du peuple d’Israël ; il est certain qu’il ne comptait pas sur le miracle et qu’il savait qu’il avançait vers le sacrifice de sa vie ; malgré cela, il n’a pas hésité à enseigner une règle de conduite en présence de son Maître, parce qu’elle devait être appliquée précisément à ce moment dans le but d’arrêter le fléau qui sévissait, et il ne lui en fut pas tenu rigueur. Au contraire, le texte nous rappelle ses nobles origines : « Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen » Et l’Eternel continue, à l’intention de Moché « Transmets-lui Mon salut de Paix, Je lui accorde Mon alliance de Paix. Cette expiation agira toujours pour le pardon. » Au livre des Téhilim on parle de Pin’has en disant : « Pin’has se leva pour faire justice, et le fléau cessa de sévir. » Pour cela, il eut droit à la plus grande bénédiction à laquelle un homme peut aspirer, celle du CHALOM, ainsi qu’il est noté en fin du traité Ôqtsin : « D’ a voulu bénir Israël et il n’a pas trouvé de réceptacle plus digne pour la contenir que le CHALOM »

« Au septième mois, le premier jour du mois, il y aura pour vous convocation sainte ; vous ne ferez aucune oeuvre servile. Ce sera pour vous le jour de la fanfare (yom térouâ) » Le jour du Jugement est appelé yom térouâ. D’ordre rabbinique, lorsque Roch haChana tombe un Chabbat, on ne sonne pas du Chofar et nos Sages en expliquent la raison : afin d’éviter de le transporter le Chabbat dans le but d’aller trouver un maître qui lui enseigne l’art d’en sonner. Essayons de comprendre cette loi.

Nous connaissons de manière générale la halakha selon laquelle sauvegarder la vie nous autorise à transgresser ce que la Torah a interdit, comme profaner le chabbat ou le jour de Kippour et ceci même dans le cas où il n’y a que présomption de danger.

En tant que volontaire bénévole dans les urgences vitales, et souvent de garde le Chabbat et les jours de fête, un appel sur mon biper peut me surprendre au milieu d’un Qiddouch, au beit haKénéssèt pendant une âmida, ou au milieu de la bénédiction que je prononce si j’ai été appelé à la Torah. Je me souviens qu’à mes débuts chacun de mes gestes suscitait une question : pouvais-je freiner brusquement l’ambulance et donc provoquer par là l’allumage des feux arrière de freins, ou éviter cela en me laissant arriver plus lentement à l’endroit indiqué par l’appel ; pouvais-je tailler les pansements ou plutôt effectuer une attache plus compliquée pour éviter d’avoir à les couper, et des dizaines d’autres questions qui surgissaient au fur et à mesure de mon apprentissage.

J’établis une liste de mes questions que je soumis au Rav Mordékhaï ELIYAHOU et voici sa réponse : les gestes que tu aurais accompli un jour de semaine, tu dois les accomplir le Chabbat et les jours de fêtes sans aucune hésitation, car ce qui t’est demandé de faire à ce moment-là est de te concentrer à l’accomplissement de la mitsva de sauver une vie. Si la moindre dispersion perturbe tes gestes ou ralentit les soins apportés au patient ou au blessé, la mitsva se verrait convertie en faute.

Telle est l’optique de la Torah quant à la valeur inestimable attachée à la vie. J’étais de garde une année à Roch haChana lorsque le biper a vibré au milieu du repas. Arrivés sur les lieux l’infirmier de garde et moi-même, nous avons trouvé une femme qui présentait les signes d’une méningite ; nous l’avons transportée chez le médecin (accompagnée de ses trois enfants, car son mari était à l’étranger, et en tant que nouvelle immigrante elle ne connaissait personne) qui prescrivit un transport immédiat à l’hôpital ; elle refusa catégoriquement et demanda qu’on la reconduise chez elle. De retour chez moi, ma femme me dit : il est dommage que tu ne l’aies pas amenée ici, elle aurait vu que ses enfants s’intègrent parfaitement au milieu des nôtres et elle aurait accepté de s’en séparer. Je me rendis immédiatement chez le rav de Bétar auquel j’exposai le problème de savoir si je pouvais me rendre en ambulance et transporter cette maman et ses enfants chez moi, avec l’espoir qu’elle accepte d’être conduite ensuite à l’hôpital. Sa réponse fut positive et me dit-il, même s’il n’était pas sûr qu’elle accepte en fin de compte d’être transportée à l’hôpital. Baroukh Hachem, tout se passa très bien et dès qu’elle fut tranquille de savoir ses enfants en de bonnes mains, elle accepta de s’en séparer.

Le rav Mordékhaï ELIYAHOU pose la question suivante : ainsi que nous l’avons dit, lorsque Roch haChana tombe un Chabbat on ne sonne pas du Chofar ; or la téquiâ « sonnerie » perturbe le satan qui, croyant qu’elle vient annoncer le règne du Messie, pense que son rôle est révolu (le règne du Messie abolira celui du mauvais penchant) et abandonne l’idée d’accuser Israël devant le Trône Divin lors du Jugement où est décrété qui vivra et qui mourra, qui bénéficiera de la bénédiction pour sa subsistance et qui n’en bénéficiera pas, etc.. Nous voyons par là que la sonnerie du Chofar a pour but de faire acquérir à Israël le mérite de la vie et de le sauver de la mort, autrement dit il s’agit là d’une urgence vitale. Comment se fier à une décision d’ordre rabbinique comme celle de ne pas sonner du Chofar lorsque Roch haChana tombe un Chabbat, alors que la Torah nous ordonne de transgresser une interdiction pour sauver une vie ?

Et le Rav développe le raisonnement suivant : nous voyons là un fondement essentiel à la démarche qui guide l’homme juif pour tous les temps : le commandement de se conformer aux décisions d’ordre rabbinique est si grand qu’il dépasse en importance la sonnerie du Chofar qui, comme nous l’avons vu, perturbe le satan et l’empêche de faire figure d’accusateur au jour du Jugement. Ainsi que l’énonce la Torah (Dévarim chap. 17 verset 11) « et tu auras soin d’agir selon tout ce qu’ils t’enseigneront » et la Guémara (Traité Chabbat) enseigne : même s’ils t’affirment que ce que tu crois être la droite est la gauche et vice-versa, c’est-à-dire si même ce que nous affirme un ‘Hakham n’est pas saisi par notre intelligence ni n’a l’air logique, nous devons savoir que l’ordre de nos Sages est prioritaire sur l’ordre de la Torah et que leur jugement a force de loi au point que l’ordre même de la Nature peut être inversé par leur décision.

Notre époque est, Baroukh Hachem, bénie de Sages auxquels nous pouvons soumettre nos questions sur des problèmes engageant quelquefois notre avenir (santé, affaires, éducation des enfants) et que nous avons du mal à résoudre. Ainsi que l’ont dit les Sages d’Israël « il n’y a pas de plus grande joie que celle de dissiper nos doutes » qui souvent nous empêchent de trouver la sérénité et pèsent sur tout notre entourage ; l’avis du rav, même s’il va à l’encontre de ce vers quoi notre volonté penche, ne peut qu’apporter soulagement et certitude que c’est exactement la solution qui nous convient.

La Torah que nous avons reçue et les nombreuses mitsvot qui nous ont été données, loin de compliquer notre vie, nous tracent la voie la moins semée d’hésitations et de doutes afin que nous puissions en toute sérénité et avec joie affronter toutes les difficultés, ce qui explique le verset (Téhilim 97/11) « la lumière se répand sur les justes et la joie sur les cœurs droits. » Le cœur droit, c’est-à-dire celui qui suit une voie nettement et clairement définie et dont l’ambition est la recherche constante du EMET, acquiert la sim’ha authentique, souvent inaccessible.

 
 
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